samedi 16 septembre 2017

Le portail aux chardons - ou artichauts ?

Le portail nord de l'église Saint-Nicolas-au-Marché de Troyes


Troyes, Saint-Nicolas-au-Marché
portail nord

 En matière de portail, l’église Saint-Nicolas-au-Marché de Troyes est plutôt connue pour son portail sud, qui fit l’objet d’attentions particulières du fait qu’à l’ouest la muraille de la ville empêchait la réalisation de la traditionnelle porte monumentale sur parvis. Pour ce portail sud, datant des années 1551-1554, le maçon Jehan Faulchot exécute le projet qui aurait été réalisé par Dominique Florentin[1] ; le sculpteur François Gentil en réalisa le programme sculpté. Cependant aucune source ne peut confirmer ces attributions à Dominique Florentin. La tradition, sinon la légende, rapporte encore que lorsque François Girardon venait à Troyes, sa ville natale, il se faisait porter une chaise pour admirer longuement ce portail.


Troyes, Saint-Nicolas-au-Marché
Portail sud
  Les aménagements du futur jardin au nord de l’église Saint-Nicolas de Troyes et à l’ouest de l’ancienne Halle de la Bonneterie / Bourse du Travail, emplacement de l’ancien cimetière de la paroisse, vont permettre de redécouvrir la face nord de cette église et tout particulièrement son portail nord de style flamboyant, restauré en 2012-2013, et qui détache sa pierre rénovée du reste de l’édifice grisé par les années.

Troyes, Saint-Nicolas-au-Marché
Portail nord
  Dans la description de cette porte qu’il livre dans sa Statistique monumentale du département de l’Aube[2], Charles Fichot  ignore l’une des  particularités bien singulières de ce portail, y voyant dans les gorges des voussures des rinceaux de sarments et des ceps… Il est étonnant que ces particularités aient échappé à notre artiste et lauréat de l’Institut : ce qu’il a cru être sarments et ceps sont en fait des chardons, ou une plante dérivée du chardon, l’artichaut.  

    Les chardons - ou artichauts - se développent en rinceaux dans les gorges des voussures offrant leurs capitules en divers états de maturité, du bouton à l’inflorescence bien fleurie.

Troyes, Saint-Nicolas-au-Marché
portail nord
 Le chardon est une ornementation caractéristique de gothique flamboyant. Il semble n’avoir fait lobjet aucune étude particulière. Ses feuilles déchiquetées, comme celles du choux frisé, de la vigne ou encore du houx, sous une forme relativement stylisée, ornent dès le XIIIe et surtout le XIVe siècle les panneaux de meubles, les frises et les chapiteaux. Selon l’article "Flore" du Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, ils semblent répondre à une recherche des artistes dune ornementation plus tourmentée et "Vers le commencement du XVe siècle, l’imitation des végétaux tombe absolument dans le réalisme. Les sculpteurs alors choisissent les feuillages les plus découpés, la Passiflore, les Chardons, les Épines, l’Armoise". Dans larticle "crochet" du Dictionnaire raisonné, les chardons apparaissent encore au XVe siècle sur les crochets rampants, particulièrement en Île-de-France. 

  Cependant, avec ses grosses têtes, nos chardons font penser ici à des artichauts. Selon l’article de la célèbre encyclopédie collaborative en ligne, l’artichaut serait originaire d'Afrique du Nord, d'Égypte ou d'Éthiopie, cité par les agronomes arabes et andalous du Moyen Âge. Ibn Al-'Awwâm en a décrit la culture et la reproduction par œilletonnage. Les Andalous auraient contribué à la culture de l’espèce consommable en sélectionnant des variétés à grosse tête. Sa culture serait mentionnée en Italie du Nord à partir du XVe siècle et en 1532, on trouverait la première mention de l'artichaut en Avignon. L’artichaut devient au cours du XVIe siècle un légume prestigieux ; Catherine de Médicis en appréciait les fonds[3]. Cependant, faut-il admettre, comme le font les auteurs de cette notice en ligne, qu’elle fut l’introductrice de la plante en France depuis son Italie natale ?


  Quoiqu’il en soit ce portail, grâce aux registres des comptes de la fabrique de l’église Saint-Nicolas, peut être daté de 1535. L’église, détruite par le grand incendie de 1524, était alors un grand chantier de reconstruction. Les étapes de cette reconstruction nous sont bien connues[4]. Le chantier a été mené par tranches horizontales, comme pour la cathédrale et dans plusieurs autres chantiers de la ville et de la région depuis la seconde moitié du XVe siècle. Au cours d’une première phase, entre 1526 et 1535, furent élevées les chapelles latérales et les parties basses du chœur. Le portail nord marquait la fin de cette première phase. Il est assez similaire du portail sud de Saint-Nizier de Troyes, daté de 1531, et plus encore de ceux au sud de Saint-Parres-au-Tertre et de Pont-Sainte-Marie, avec des différences notables sur lesquelles nous reviendront, outre l'absence de  chardons ou d'artichauts sur ceux-ci.

Portail sud l'église de
Saint-Nizier de Troyes
Portail sud de l'église de
Pont-Sainte-Marie
     Portail sud de l'église de
    Saint-Parres-au-Tertre
  En cette année 1535, l’église de Saint-Nicolas connaissait alors une activité importante : on y installait les autels des chapelles Saint-Roch et Saint-Claude, et on achevait le maître-autel ; Jean Soudain posait la verrière de la chapelle de Toussaints ; on achevait le retable de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette. 
  Le 15 mai, Yvon Sarrurier était rétribué pour avoir ferré la « porte de derrière » à  laquelle Lyé Gilles, maçon, « besoignait » encore le 23 mai. La semaine suivant la Pentecôte, c’est le maître maçon Henry Clément dit le Lorrain qui, avec les maçons ordinaires de l’église, travaillait à « lescamfiche » du « portail de derrière ». C’était la dernière mention concernant ce portail. Lyé Gille et Henry Clément travaillaient parallèlement au maître-autel de l’église, ce dernier en avait été le concepteur[5] ; l’imagier Genet Collet en avait sculpté le retable consacré à l’histoire de saint Nicolas et fut rétribué pour d’autres ouvrages, non précisés. S’agissait-il des  sculptures de ce portail ? Rien cependant ne permet de le confirmer.

Description

  Le portail est encadré de deux pilastres divisés en trois niveaux ; à la seconde division, du support de deux griffons naissent les deux branches d’un arc ogival. 

Le griffon à senestre du portail
Le griffon à dextre du portail
Le griffon à dextre du portail
  Au-dessus de celui-ci, un gable à contre-courbes, ornées de choux frisés, s’élève sur le champ du mur et se termine en flèche jusqu’à la corniche du bas-côté de l’église. À la rencontre des deux courbes deux griffons semblent veiller, menaçants et grimaçants. 


  Huit arcatures étroites et trilobées rythment la surface du mur sur laquelle se déploie le gable ; nous retrouvons ce dispositif à Pont-Sainte-Marie et à Saint-Parres-au-Tertre, mais avec cependant pour ces deux portails six arcatures. Si à Saint-Nicolas la flèche du gable se termine à la corniche qui marque la limite des arcatures trilobées, à Saint-Parres-au-Tertre et à Pont-Sainte-Marie, elle la dépasse largement, se prolongeant dans le pignon du mur. 




  Dans le tympan une fenêtre en plein cintre éclaire le transept de l'église ; arcatures trilobées et rinceaux aux chardons ou artichauts dans lesquels se mêlent des griffons et autres animaux sortis du bestiaire fantastiques soulignent cette fenêtre. Le dais flamboyant, à la pointe de cette arcade ogivale, couronnait une statue aujourd’hui disparue et dont la base se voit encore au-dessus du linteau de la porte. À Saint-Nizier de Troyes, Saint-Parres-au-Tertre et Pont-Sainte-Marie, la fenêtre de type gothique flamboyant occupe tout l'espace du tympan. Devant celle de Saint-Nizier de Troyes, tout comme celle de Saint-Nicolas, se dressait une statue ; il en subsiste la niche avec son socle et son dais.




     
  Le linteau de la baie de la porte d’entrée se dessine en arc surbaissé, ou en anse de panier, avec une gorge profonde dans laquelle se développent des rinceaux de chardons ou d’artichauts, un griffon à leur point de départ. Dessus le linteau de la porte, qui est très saillant, des lignes se contournent en accolade pour supporter la console destinée à porter une statue aujourd’hui disparue.





  De chaque coté de la porte, les jambages s’élèvent au-dessus du linteau ; la saillie circulaire, richement et finement ornée, était destinée à porter deux autres statues de part et d'autre de la porte, aussi disparues. 



  Quelle signification donner à ces chardons ou artichauts, qui plus est mêlés de griffons ?

 Les artichauts apparaissent dans la peinture à la Renaissance. Ils accompagnent d'autres légumes et aliments, et au même titre que ceux-ci ils ont une signification ambivalente : ils représentent à la fois abondance et richesse, apportant aux natures mortes une touche exotique, et le caractère éphémère de la vie. Une vanité parmi les vanités qui rappelle que tout fini par se flétrir, pourrir, la vie sur Terre n'étant qu'un moment éphémère de notre existence. 
  Et que penser encore de cet artichaut érigé sur la poitrine de lEstate de Giusseppe Arcimboldo ?

Giusseppe Arcimboldo, Estate
Paris, musée du Louvre
  Alors, sur ce portail, 
quelle signification donner à ces chardons ou artichauts ?




[1] Galletti, Sara, « L’architecture de Domenico del Barbiere : Troyes, 1548-1552 », Revue de l’Art, n° 136, 2002, p.37-54. Sur : Dominique Florentin 
[2] Tome quatrième, Troyes, ses monuments civils et religieux, pp. 457-459.
[3] Florent Quellier, « Mets et festins aristocratiques en France à la Renaissance », Festins de la Renaissance. Cuisine et trésor de la table, sous la direction de Élisabeth Latrémolière et Florent Quellier, 2012, Somogy / Château Royal de Blois, pp. 29-30.
[4] Sara Galletti, « Projet et chantier à la Renaissance : l’église Saint-Nicolas de Troyes (1524-1608) », intervention lors du colloque « Art et artistes à Troyes et en Champagne méridionale – fin XVe – XVIe siècle » organisé par le Centre troyen de recherches et d’études Pierre et Nicolas Pithou (19 mai 2005) et publiée en ligne : https://fds.duke.edu/db/attachment/1107.
[5] Voir Jacky Provence, « Les potentialités artistiques d’une ville au service de l’Art éphémère : les entrées royales à Troyes », Art et artistes à Troyes et en Champagne méridionale (fin XVe - XVIe siècle), Troyes, Centre troyen de recherche et d’études pierre et Nicolas Pithou, 2015, pp. 114-123. 

lundi 31 juillet 2017

Marie-Sidonia de Lenoncourt

 Marie-Sidonia de Lenoncourt, fut considérée comme l’une des plus belles femmes d’Europe… née en 1650, elle décèda en 1685, à 35 ans.

Portrait de femme (Marie-Sidonia de Lenoncourt) 
par Nicolas de Largillière, 
collection privée, 64.8 x 81.3 cm

 Elle a laissé ses mémoires, véritable plaidoyer, dans lesquels elle conte ses déboires.
Ces Mémoires débutent avec un autoportrait, ce qui était assez rare à cette époque.

« …, je serai fort aise que l’on sache, pour votre honneur et pour le mien, que je suis d’une des meilleures maisons du royaume ; qu’il ne faut qu’avoir lu l’histoire et savoir le nom que je porte pour être convaincu qu’il n’y a point de dignité qui ne soit entrée dans ma famille ; que, du côté de ma mère, je suis plus d’une fois alliée à l’Empire, et que je tiens aux plus grands princes de l’Allemagne.

Pour mon portrait, je voudrais bien le faire sur l’idée que vous en avez conçue, et qu’on voulût s’en rapporter à vos descriptions ; mais il faut dire naïvement ce qui en est : j’avouerai que, sans être une grande beauté, je suis pourtant une des plus aimables créatures qui se voient ; que je n’ai rien dans le visage ni dans les manières qui ne plaise, ni qui ne touche ; que, jusqu’au son de ma voix, tout en moi donne l’amour, et que les gens du monde les plus opposés d’inclination et de tempérament sont d’un même avis là-dessus, et conviennent qu’on ne peut me voir sans me vouloir du bien.

Je suis grande, j’ai la taille admirable et le meilleur air que l’on puisse avoir ; j’ai de beaux cheveux, faits comme ils doivent être pour parer mon visage et relever le plus beau teint du monde, quoiqu’il soit marqué de petite vérole en beaucoup d’endroits ; j’ai les yeux assez grands ; je ne les ai ni bleus ni bruns, mais entre ces deux couleurs ils en ont une agréable et particulière ; je ne les ouvre jamais tout entiers, et, quoique dans cette manière de les tenir un peu fermés il n’y ait aucune affectation, il est pourtant vrai que ce m’est un charme qui me rend le regard le plus doux et le plus tendre du monde ; j’ai le nez d’une régularité parfaite ; je n’ai point la bouche la plus petite du monde, je ne l‘ai point aussi fort grande.

Quelques censeurs ont voulu dire que dans les justes proportions de la beauté, on pouvait me trouver la lèvre du dessous un peu trop avancée ; mais je crois que c’est un défaut qu’on m’impute pour ne m’en avoir pu trouver d’autres, et que je dois pardonner à ceux qui disent que je n’ai point la bouche tout à fait régulière, quand ils conviennent en même temps que ce défaut est d’un agrément infini, et me donne un air très-spirituel dans le rire et dans tous les mouvements de mon visage. J’ai enfin, la bouche bien taillée, les lèvres admirables, les dents de couleur perle, le font, les joues, le tour du visage beaux, la gorge bien taillée, les mains divines, les bras passables, c’est-à-dire un peu maigres, mais je trouve de la consolation à ce malheur par le plaisir d’avoir les plus belles jambes du monde. Je chante bien sans beaucoup de méthode, j’ai même assez de musique pour me tirer d’affaire avec les connaisseurs. Mais le plus grand charme de ma voix est dans a douceur et la tendresse qu’elle inspire ; et j’ai enfin des armes de toutes espèce pour plaire, et jusques ici je ne m’en suis jamais servie sans succès. Pour l’esprit, j’en ai plus que personne, naturel, plaisant, badin, capable aussi de grandes choses, si je voulais m’y appliquer.»


 Elle est née au château édifié par son grand-père, à Marolles-les-Bailly.

 Son père, Joachim de Lenoncourt, marquis de Marolles et bailli de Bar-sur-Seine, était issu d’une branche cadette d’une des plus illustres maisons de Lorraine, l’une des quatre plus anciennes maisons de chevalerie, qui avait donné des archevêques et cardinaux. Joachim avait été une fine lame, prompt à provoquer en duel en ces temps où le roi Louis XIII et son ministre Richelieu l’avait interdit, sous peine de condamnation à mort. Il dut s’enfuir au Luxembourg ; en juillet 1633, la justice du roi le condamna par contumace à la décapitation.

 Au cours de son exil, il épousa Isabella Klara von Kronberg, d’une non moins illustre maison d’Empire. Ils eurent un fils, Louis-Anne et une autre fille, Henriette, décédée jeune.
Joachim rentra en grâce ; le roi avait besoin d’hommes de valeur pour mener la guerre. Il devint lieutenant-général et gouverneur de Thionville en 1643. Marie-Sidonia n’avait que 4 ans lorsqu’en 1654 la tête de son père fut emportée par un boulet de canon au château de Mussy en Lorraine. Sa mère, Isabelle-Eugénie, sombra dans une vie dissolue, convola en noces morganatiques avec un certain Bunel. La rumeur faisait de lui "Saint-Ange", l’un des chefs des brigands de la Cour des Miracles… qui finit sur la roue.

 Afin d’épargner cette déchéance à Marie-Sidonia, son tuteur, le puissant duc de Villars[1], avait enlevé Marie-Sidonia à sa mère et l’avait placée dans l’abbaye Saint-Loup d’Orléans dont l’abbesse était une tante, Marie de Lenoncourt. Elle y passa 10 années, lorsque le décès de son frère, en 1664, bouleversa son destin. Marie-Sidonia devenait une jeune et belle riche héritière, vite convoitée par de nombreux prétendants dont Colbert. Ce dernier, ayant l’oreille du roi Louis XIV, obtint qu’on enlève la jeune fille de son couvent, pour le profit de son frère[2].

« Le roi, voulant me mettre en état de choisir moi-même, me fit l’honneur de m’envoyer prendre par un exempt et douze gardes. Je crois que ma tante eut comme un pressentiment que ma sortie de son cloître devait être le commencement de mes infortunes. Elle reçut l’ordre qui m’arrachait de ses bras avec des torrents de larmes ; et ne pouvant se résoudre à m’abandonner à une vie si différente de celle que j’avais commencé de mener, elle prit un carrosse et me suivit de loin, n’ayant pu obtenir de celui qui me conduisait la permission d’entrer dans celui où j’étais, ni de me parler, non plus qu’aux femmes que le roi avait envoyées pour m’accompagner. Pour moi, je fus si étourdie de cette aventure, ou plutôt si charmée de me voir passer du cloître dans la plus belle cour du monde, que je ne prenais nulle part à sa douleur (…) en descendant du carrosse, je fus présentée au roi en habit de pensionnaire, aux pieds duquel je me jetai, et qui me reçut avec toute la bonté imaginable, me promettant sa protection… »

 Marie-Sidonia, malgré ses 14 ans, avait su montrer un caractère impétueux et farouche, décidée de se refuser au frère du puissant ministre. Une demoiselle d’une telle lignée pouvait-elle épouser un homme dont les pères et grands-pères étaient banquiers et marchands-drapiers ? Aussi riche qu’il puisse être ? Une telle mésalliance était pour elle d’une « répugnance effroyable » ! En attendant le mariage, le roi lui donna le choix de demeurer auprès de la reine ou auprès d’une princesse de sang de son choix ; elle choisit d’être auprès de Marie de Bourbon-Condé, princesse de Carignan[3], chez laquelle nombre de galants vinrent lui faire la cour, dont le frère de Colbert, qui n’avait pas renoncé et se voyait encore marié à elle. « Je fus inspirée très-assurément par mon mauvais ange de demander d’être mise auprès de madame la princesse de Carignan ». Le beau-frère du ministre[4] tomba aussi éperdument amoureux d’elle. L’affaire prit de telles proportions que la belle trouva enfin le prétexte pour rompre définitivement avec les prétendants de la famille Colbert.

« Depuis que je fus hors de mesure avec la maison de M. de Colbert, la réputation que j’avais d’avoir du bien m’attira la recherche de tous les jeunes gens qui étaient à marier dans ce temps-là. Mais comme ce n’était des amants que pour le mariage, et qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans le soin qu’ils m’ont rendus pour cela, je ne saurais prendre la peine d’en prononcer ni d’en rien dire ».

 La belle aurait-elle souhaité s’amuser un peu avec quelques galants, avant de consentir au mariage ?

L’Hôtel de Soissons au XVIIe siècle

 L’Hôtel de Soissons[5], résidence de la princesse, était l’un des plus beaux centres de la galanterie parisienne où l’on rencontrait les plus beaux esprits et les plus belles dames de la cour ; elle y côtoya Olympe Mancini[6] et la duchesse de Chevreuse[7]. C’était l’un des hôtels où se fourbissaient les plus grandes intrigues de la cour, dont celle qui vit la perte de Fouquet. Marie-Sidonia était devenue un jouet entre les mains de ses protectrices, la princesse de Carignan et sa fille, la princesse de Bade[8], mais celles-ci voyant s’évaporer un moyen d’attirer les faveurs du roi par l’intermédiaire de son ministre, forgèrent un nouveau dessein : l’offrir au duc de Villeroy[9], autre grand du royaume pouvant attirer les bienfaits du roi, pour son neveu, Charles de Champlais, marquis désargenté de Courcelles, neveu par ailleurs de Louvois[10].
Le mariage fut rapidement arrangé, auquel consenti le roi à la demande de Villeroy. Marie-Sidonia se laissa convaincre, avec la promesse qu’on ne l’obligerait à ne jamais quitter Paris. Le mariage eut lieu le 19 février 1666 en privé dans la chapelle de l’Hôtel de Soissons, sans que sa famille ou ses tuteurs en soient avertis. Le roi fit même l’honneur d’en signer le contrat, et la reine de venir au souper et de lui donner sa chemise pour la nuit de noces.

Terrible nuit de noces…

Rustre, violent, autoritaire, l’homme n’était pas pour plaire à la jeune fille et bien qu’il eut 10 ans de plus qu’elle, il ne put la contraindre à consommer le mariage, laissant au matin la belle vierge. Cependant, le couple fit bonne mesure et dissimula le courroux de la mariée envers son grossier époux pendant les huit jours de fêtes que l’époux offrit pour son si beau mariage, fort heureux d’avoir trouvé une fortune qui saurait rembourser ses dettes et payer les pompeuses et coûteuses fêtes offertes pour ce mariage. Marie-Sidonia avait dès les premiers jours découverts la tromperie. Les créanciers du marquis se ruaient auprès d’elle tandis que son mari la pressait de signer des emprunts. Mais en plus de sa virginité, il ne put la contraindre à délier les cordons de sa bourse. L’aversion qu’elle avait pour son mari fut de notoriété publique un mois plus tard…

« Je ne savais pas encore que haïr son mari et pouvoir en aimer un autre, est presque la même chose...»

Les railleries coururent vite.

Son tuteur, le duc Villars, que l'on n’avait ni prévenu, et dont on n’avait pas obtenu le consentement, avait bien porté une plainte, celle-ci fut sans effet. Le Parlement de Paris ne pouvait défaire un mariage dont le contrat avait été signé du roi.
Malgré les déboires du couple – sinon à l’avantage de ces déboires -, la belle-mère avait programmé d’autres desseins, au détriment de l'honneur de son fils.
Dès les premiers jours du mariage, elle vint instruire Marie-Sidonia des devoirs qu’elle aurait à rendre, lui recommandant de bien faire sa cour à M. de Louvois, espérant de lui faveurs et avancement pour son fils. Ce dernier avait obtenu sa charge de commandant d’artillerie par les faveurs ; habitant à l’Arsenal de Paris, Marie-Sidonia allait être amenée à rencontrer régulièrement Louvois. De leur côté, les princesses de Carignan et de Bade avaient remarqué l’intérêt que Louvois semblait porter à notre belle marquise et elles étaient décidées d’utiliser la jeune femme pour renforcer leur alliance avec celui-ci, quitte à sacrifier l’honneur du mari de la marquise…

François Michel Le Tellier, marquis de Louvois
par  Pierre Mignard
Musée des Beaux-Arts de Reims 
Alors en Flandre lors du mariage, Louvois vint faire son compliment à Marie-Sidonia dès son retour à Paris.

« Il était onze heures du soir, les bougies étaient éloignées, j’étais sur mon lit, il ne vit point, et ne fut avec moi qu’un instant, mais je le vis assez pour concevoir pour lui des sentiments qui ont paru, dans la suite, et dont les plus grands malheurs de ma vie ont été la punition. »


Pour Louvois, une passion était née. Bien qu’il ne s’était rien passé entre lui et Marie-Sidonia, la Princesse de Bade faisait déjà courir en cour des bruits sur les visites qu’il lui faisait. M. de Louvois profita de ces bruits pour déclarer sa flamme à l’oreille de Marie-Sidonia, pendant une messe du roi. Sa belle-mère, alors à ses côté, entendit tout et en fut très ravie.
Cependant Marie-Sidonia s’était éprise du fils du duc de Villeroy[11], cousin de son mari, qui semblait éprouver les mêmes sentiments bien qu’étant alors amant de la princesse de Monaco[12]. Villeroy découvrait la jalousie qui naissait en lui. Alors que la belle se rendit dans son château de Marolles pour la saison de la chasse, Louvois avait pris le parti d’aller l'y courtiser. Jaloux, Villeroy en informa son mari, le marquis de Courcelles partit aussitôt à la rencontre de son épouse pour la conspuer, lui faisant le reproche qu’elle ferait mieux de se consacrer à sa fortune.

L’épouse de Villeroy vivait retirée dans son château, laissant libre cours à celui-ci. Le premier rendez-vous entre Villeroy et la marquise se fit chez l’abbé d’Effiat, à lArsenal, pourtant l’un des premiers qui fit la cour à Marie-Sidonia, et qui en était resté amoureux. Afin de n’être découverts et de détourner les soupçons, il était convenu que Villeroy continue de faire la cour à la princesse de Monaco, qui était amoureuse de lui, tandis que Marie-Sidonia entretenait son amitié avec Louvois, qui espérait beaucoup d'elle. Cependant, l’intrigue fut découverte. La correspondance de Marie-Sidonia fut dévoilée. Se voyant de la sorte trompée et humiliée, la princesse de Monaco obtint de la reine que Marie-Sidonia se retire de la cour. De son côté, Louvois se senti également trahi, mais Marie-Sidonia sut user de son charme pour se faire pardonner, lui promettant de ne plus revoir Villeroy, alors parti à la guerre.

Louvois, pour avoir le champ libre, éloigna de façon très habile le marquis de Courcelles, l’envoyant loin de Paris et lui faisant même donner par le roi le commandement de l’artillerie en Flandre, lui ordonnant de s’établir à Tournay et trouvant tous les subterfuges, avec l’aide de Turenne, pour qu’il ne revienne pas à Paris.

Cependant, le retour annoncé de Villeroy à Paris, Marie-Sidonia ne résista pas à la tentation de revoir cet amant, malgré la promesse que tous les deux avaient fait à Louvois de ne plus se voir. Le croisant en carrosse, il la suivit à son hôtel. Elle le conduisit dans sa chambre, et tandis que l’un et l’autre se réconciliaient, elle assise sur son lit, lui à genoux devant elle, Louvois entra dans la chambre. Villeroy quitta la chambre sans dire mot, se soumettant à Louvois, sacrifiant ainsi son amour à sa carrière. Louvois obtint du roi que Marie-Sidonia soit placée au couvent, sous couvert de sauver l’honneur du mari, et plus encore par esprit de vengeance. Elle s’y retrouva avec l’épouse du duc de Mazarin, Hortense Mancini, qui avait refusé de suivre son époux en Alsace, préférant le couvent. D'un âge proche, 17 ans pour la marquise, 23 ans pour la duchesse, et de même tempérament, elles se lièrent d’amitié.

Hortense Mancini, duchesse de Mazarin
par Godfrey Kneller
Graves Gallery, Sheffield

Après quelques mois d’enfermement, où les deux jeunes filles espiègles rendirent la vie difficile aux religieuses, la duchesse de Mazarin obtint le droit de retourner séjourner dans son hôtel parisien et avec elle Marie-Sidonia.
Cette duchesse était Hortense Mancini, nièce du cardinal de Mazarin, de quatre ans l’aînée de Marie-Sidonia. A deux souverains, au roi Charles II d’Angleterre et au duc de Savoie, le cardinal préféra la marier à un homme plus modeste, le duc de la Meilleraye. Il avait convenu de céder à sa nièce toute sa fortune, tous ses titres et ses biens à condition que le duc renonce à son nom et prenne celui de Mazarin. A Paris, elle résidait au Palais Mazarin, qui deviendra plus tard le « Palais royal » (siège aujourd’hui du ministère de la Culture et de la Comédie Française). Comme Marie-Sidonia, elle avait beaucoup d'esprit, elle aimait la vie, la fête, Paris et la vie de la cour ; comme elle, elle avait un mari jaloux, avare et détestant les mondanités. Comme elle, elle était considérée comme l’une des plus belles femmes d’Europe. Comme elle encore, elle dût connaître l'exil pour échapper à son mari, ainsi que nous le verrons plus tard...

Le marquis de Courcelles, de retour à Paris, profita de l’absence de la dame de Mazarin pour s’introduire en son palais et convaincre son épouse de rentrer avec lui ; ce qu’elle accepta on ne sait pourquoi ou avec quelles promesses. Cependant, rentrée chez elle, il l’accabla de mauvais traitements, lui interdisant parties de chasse et sorties dans le monde. Il décida de se venger de ses infidélités et de prévenir définitivement tout risque de cette nature. Un soir qu’elle rentra, une servante lui prépara l’eau pour sa toilette. Elle plongea les mains dans la vasque et les porta à son visage, lui infligeant une cuisante brûlure. Prise de fureur, elle interrogea sa servante qui refusa de parler, alors, à l’aide de deux de ses laquais, elle lui fit boire de force l’eau de la vasque. La servante se tordit de douleurs et s’effondra. Le mari avait fait empoisonner l’eau de la toilette de Marie-Sidonia, afin de flétrir sa coupable beauté et la défigurer.
Elle resta alitée plus de six semaines, six semaines de souffrances avant de plonger dans une fièvre qui la tint encore plus de quarante jours. On la vit mourante ; on lui fit administrer l’extrême onction. Pendant tout ce temps, l’époux s’était montré extrêmement prévenant et inquiet, lui faisant prodiguer les meilleurs soins.

Il est vrai que la belle, âgée de 17 ans, n’avait pas fait de testament…

Louvois ne manquait pas de venir s’informer de son rétablissement, la visitant régulièrement.
Pour sa convalescence, elle partit s’isoler un mois dans le couvent tenu par sa tante. Elle revint à Paris, s’ingéniant à renouer avec Louvois : « j’avais pris tant de goût au plaisir de le tromper que je ne pouvais plus m’en passer. » Avec son amie la duchesse de Mazarin, elle courut les bals masqués qui animaient Paris l’hiver, organisés la nuit dans les plus grandes maisons, continuant à se jouer de Louvois. Les deux amies s’étaient éprises et se disputaient le cœur d’un des plus beaux galants de Paris, un certain Oder de Cavoye…
Découvrant que Cavoye allait rendre secrètement visite à Marie-Sidonia, prise d’une soudaine jalousie, la duchesse de Mazarin révéla tout à son mari qui provoqua en duel le galant, malgré l’interdit royal. Tandis qu’ils croisaient le fer, les deux hommes s’entendirent sur une issue heureuse pour eux mais qui devait plonger la duchesse de Mazarin dans le déshonneur et qui eut pour effet son enfermement dans le château de Mayenne. De son côté, en mai 1668, le marquis Charles décida de placer Marie-Sidonia en résidence surveillée dans son château de Courcelles, dans le Maine, sous la bonne garde de sa mère. Le mois suivant, la duchesse de Mazarin s'évadait pour s'enfuir auprès de sa sœur à Rome.
Les rumeurs du duel parvenant aux oreilles du roi, les deux hommes furent appelés en Parlement de Paris et une enquête fut menée. L'arrêt condamna le marquis à deux ans d'internement en la Conciergerie, la prison royale sur l'île de la Cité où les deux duellistes furent enfermés deux années, jusqu'en juillet 1670.

La Conciergerie, Paris

 Éloignés l'un de l'autre, Marie-Sidonia tomba enceinte, grossesse qui fut révélée en janvier 1669. Pour son plus grand malheur...

Comment cela fut-il possible ? Comment la belle, placée sous la surveillance de sa belle-mère, avait-elle pu commettre un tel affront et déshonneur à son époux emprisonné ?

Dès qu’il apprit la nouvelle de sa grossesse, le marquis fit envoyer plusieurs soldats garder de près Marie-Sidonia, la plaçant sous étroite surveillance sans qu'elle puisse communiquer avec qui que ce soit.
Qui pouvait donc être le séducteur ? 
Les soupçons se portèrent sur un jeune page de 23 ans qui avait libre accès au château.
Le 3 avril 1668, le marquis porta plainte au Parlement de Paris contre son épouse pour sa vie dissolue dont elle était devenue grosse. Le Lieutenant Criminel de Château-du-Loir fut désigné pour mener l’instruction. Elle fut visitée par deux médecins du roi et une sage-femme pour constater de son état. Le constat fait, il fut conclu que Marie-Sidonia soit transférée à Château-du-Loir, ne pouvant rester dans la maison de celui qu'elle avait déshonoré, et son présumé séducteur emprisonné.

Le 18 juin le juge accompagné d’une bonne garde alla chercher la marquise au château de son époux. Jugée intransportable par les médecins, sur le point d’accoucher, le juge lui fit subir l’interrogatoire dans le château même au cours duquel elle avoua que cet enfant n’était pas du fait de son époux mais d’un autre homme dont elle ne voulait pas déclarer le nom. Alors que le juge décida, au vu de l’état de la marquise, de tenir le procès au château, le marquis protesta depuis sa prison et exigea que ce procès se fasse en l’auditoire de Château-du-Loir.
Le 1er juillet, bien que les médecins la déclaraient intransportable, Marie-Sidonia fut emmenée dans un carrosse. Cependant, se trouvant mal, ils durent rebrousser chemin, la transporter dans une chaise pour la remettre dans son lit. Le juge trouva un lieu proche, hors du château, pour tenir tribunal, estimant que Marie-Sidonia avait toutefois assez de forces pour y être transportée et y accoucher étant donné que l’enfant bâtard ne devait pas venir au monde dans le château du marquis.
Le 4 juillet, elle y fut transportée et accoucha d’une fille le 9 juillet. L’enfant fut aussitôt baptisée, inscrite sous le nom de sa mère et de père inconnu ; elle fut mis en nourrice chez un habitant du village où elle mourut 5 semaines plus tard.
Le 11 août, après que la marquise se soit reposée, elle fut transportée à Château-du-Loir, où elle serait gardée chez un maître chirurgien en attendant son procès.
Son présumé séducteur avait réussi à fuir et ne s’était pas présenté au procès.

C’est le 19 août que la marquise donna sa version dans une requête au Parlement, déclarant son époux être le père. Selon elle, son mari avait soudoyé son geôlier pour qu'il puisse aller voir sa femme dans son château, et constater si elle était sous la bonne garde de sa mère. Venu secrètement au château, il l’aurait prise de force et s’était retourné à la Conciergerie lorsqu’il s’était assuré qu’elle fut tombée enceinte. Le complot avait pour but d’accuser la marquise d’adultère et de s’emparer de ses biens et de sa fortune. Elle avoua avoir déclaré qu’il n’était pas le père sous la menace et les contraintes dont elle avait fait l’objet. De fait, l’instruction avait été bien expéditive, partiale et surtout sans aucun respect du droit et de la justice, et de son état. Ainsi, elle protesta de nullité tous les actes qu’elle avait pu signer, signature obtenue sous la contrainte.
Le 7 septembre, Marie-Sidonia subit un nouvel interrogatoire au terme duquel elle fut déclarée coupable d’adultère. Le séducteur fut condamné par contumace à être pendu à une potence qui serait dressée sur la place du marché de Château-du-Loir, sentence exécutée en effigie du fait de sa fuite, ses biens confisqués. Marie-Sidonia fut condamnée à être enfermée deux ans en un couvent royal près de Château-du-Loir ; si au terme de ces deux années son époux ne voulait pas la reprendre, elle devait y terminer ses jours. Elle fut privée de sa dot et de tous les biens qu’elle avait apportés en mariage pour être remis à son époux. Elle disposerait, cependant pour payer les frais de sa retraite et le train d’une dame de son lignage, pour payer sa pension à l’abbaye et les gages des filles qui seraient attachées à son service, d’une somme de 3600 livres par an.

Les deux époux firent appel de cette sentence ; le Parlement ordonna le transfert de Marie-Sidonia à la Conciergerie, le 13 septembre, puis son déplacement le 16 au Petit-Châtelet, ne pouvant être enfermée à la conciergerie du fait que son époux y était.

Le transfert de Marie-Sidonia au Petit-Châtelet n’eut pas lieu.

Dans la nuit du 16 au 17 septembre, aidée de ses amis, dont le chevalier de Rohan, qui avait déjà organisé deux ans auparavant l’évasion de la duchesse de Mazarin, s’évada, déguisée en abbé.
Elle se rendit au Luxembourg.
Le marquis, au bénéfice de cette évasion obtint le 19 mai 1670 une sentence de la cour du Parlement en sa faveur. La pension accordée à sa femme était réduite à 2.000 livres ; par ailleurs elle devrait être rasée, voilée et vêtue comme les autres religieuses pour le reste de ses jours. Cependant, même prononcé par contumace, l’appel de son épouse le privait de l’exécution de la sentence et des biens qu’il convoitait. Le marquis était la risée et sujet aux quolibets dans les repas et conversations de salons, rapportés par de nombreuses personnes de lettres dont la marquise de Sévigné.

Marie-Sidonia ne resta pas très longtemps éloignée de Paris. Elle y revint, hébergée par une amie, menant une vie joyeuse, en compagnie d’amis tels que Saint-Remy ou Rohan, prenant plaisir avec quelque amant, dont François Brûlard du Boulay. « Je veux jouir de la perte de ma réputation » disait-elle. La rumeur de son retour parvint aux oreilles de son époux et la fit arrêter. Elle fut conduite de nouveau à la Conciergerie le 28 avril 1672 et mise au cachot, le même dans lequel fut enfermé le régicide Ravaillac, n’ayant pour couche que de la paille au sol. Deux jours plus tard, on lui attribua une cellule plus digne de son rang.
Le marquis reprit aussitôt la procédure engagée contre sa femme, mais elle apprit que son présumé séducteur vivait tranquillement à l’arsenal ; il était devenu, sans être inquiété par son époux, capitaine aide-major dans un régiment. Cette découverte accréditait sa thèse de complot. Elle le fit arrêter le 14 mars. Après avoir été interrogé, ils furent confrontés trois fois de suite, les 29, 30 et 31 mars, et bien que ces confrontations montraient plutôt une complicité entre son époux et son présumé séducteur, les hommes de justice étaient plus portés à donner raison au mari. Sentant son affaire prendre une mauvaise tournure, elle envisagea une nouvelle évasion, aidée par quelques amis, dont du Boulay, et des membres de sa famille.

La marquise recevait dans sa prison, y donnait des soupers et disposait d’un laquais et d’une femme de chambre. Au terme d’un de ces soupers, le samedi 4 mars 1673, non sans avoir fait porter à son geôlier quelques bons plats et bouteilles, dans la confusion créée par la sortie de ces dames et gentilshommes qui devaient quitter les lieux à 10 h 00, Marie-Sidonia suivit la petite troupe, déguisée en laquais et tenant la traîne de la robe d’une dame ; sa servante prit sa place dans son lit. Ils trompèrent la vigilance de ses gardiens et, arrivés dans la cour, elle fut emportée dans le carrosse d’une parente, la duchesse de Villars. On alla la cacher dans une carrière de pierre souterraine abandonnée, à quelques lieues de Paris, habitée par un couple qui semblait habitué à de telles choses. D’ailleurs, lors de la 3e nuit qu’elle y passa, il y eut l’accouchement secret d’une dame de haut rang.
Ce n’est que le lendemain, à une heure de l’après-midi, que l’évasion fut découverte. La servante avait feint de dormir toute la matinée. Le geôlier, venu lui apporter le déjeuner, tirant les rideaux de sa chambre, constata avec effarement la substitution. Il mit aux fers la servante. Elle fut enfermée deux mois en prison puis elle fut relâchée. Fidèle à sa maîtresse, elle alla la rejoindre dans son exil.

Cette évasion alimenta toutes les conversations parisiennes, et le marquis en fut de nouveau la risée. Le procès fut suspendu et face à ce cas inédit, il fut décidé d’en référer directement au roi afin de savoir quel jugement adopter. Un nouvel arrêt fut prononcé le 17 juin 1673, plus favorable à Marie-Sidonia : elle était condamnée à 100.000 livres de dommages et intérêts, abandonnant sa condamnation à la réclusion à vie dans une abbaye. Une nouvelle condamnation par contumace plus favorable à la précédente était un fait rarissime dans les annales de la justice… Sans doute la sympathie qu’avait l’opinion publique pour la jeune marquise n’y était pas pour rien. Le séducteur vit aussi sa précédente condamnation révisée ; il n’était plus condamné à mort mais au bannissement pour trois ans des provinces d’Anjou et du Maine, et de Paris, et son amende fut considérablement réduite.

La marquise Marie-Sidonia avait passé 8 jours cachée dans les profondeurs de la carrière souterraine. On vint la chercher pour l’emmener dans une demeure du duc de Villars, où elle resta 48 h, avant de partir pour une nouvelle destinée, la Franche Comté. Elle fit le voyage déguisée en homme, portant une belle perruque blonde, dans le carrosse de la duchesse de Mercœur. Elle fut accueillie quelques jours par une parente au château d’Athée avant d’entrer dans un couvent à Gray.
La reprise de la guerre entre le roi de France et le roi d’Espagne, en mai 1674, obligea Marie-Sidonia à quitter le convent pour revenir au château d’Athée, château qui, de par sa position frontalière, fut rapidement visité par les officiers espagnols et en devint même un lieu de réunion, pour ne pas dire de rendez-vous. Ainsi, Marie-Sidonia put entendre l’exposition de quelques plans des Espagnols qu’elle s’empressa de révéler secrètement aux généraux français, faisant avorter ces plans de l’ennemi ; le roi informé des services rendus par Marie-Sidonia la fit complimenter par Louvois qui fut chargé de lui transmettre 10.000 écus de récompense.
La guerre faisant rage, les deux jeunes femmes furent contraintes de quitter Athée pour se rendre à Dijon, et y revenir la guerre achevée, avec la conquête de la Franche-Comté.
Cependant devenue française, la Franche-Comté entrait sous la juridiction du roi de France ; Marie-Sidonia ne pouvait plus y échapper aux poursuites engagées à son encontre.
Elle en prit conscience lorsque deux cavaliers se dirigèrent vers le château pour se saisir d’elle. La marquise et sa cousine eurent tout juste le temps de prendre quelques affaires avant de s’enfuir par une porte arrière du château à travers les champs et les bois. Bloquée par un ruisseau en crue, elles trouvèrent un colporteur qui se proposa de les porter pour le leur faire traverser. Ayant la marquise sur ses épaules, il trébucha et tous deux tombèrent dans l’eau ; le colporteur parvint tant bien que mal à achever la traversée avec la marquise. Sa compagne de voyage, refusant de tenter la même expérience, décida de rebrousser chemin et de retourner à son château, abandonnant la marquise sur l’autre rive. L’homme la conduisit dans une ferme proche, afin qu’elle y trouva asile.

La marquise avait fui sans prendre le temps de se changer, portant une robe légère de taffetas complètement trempée, la robe lui collait au corps, vision provoquant l’hilarité ou la curiosité ; insistante de ceux qui la virent, arrivée à la ferme. Ils s’imaginèrent que c’était une jeune none défroquée fuyant son couvent.
Après un souper très frugal, on lui donna un lit dans le grenier. Trois jours plus tard, le fermier partit aux nouvelles, qu’il rapporta à Marie-Sidonia. Les deux cavaliers étaient encore à sa recherche ; ils appartenaient au régiment de son mari, qui était devenu colonel de cavalerie. Ils avaient fouillé de fond en comble le château d’Athée et poursuivaient leurs recherches dans la région. Le fermier proposa à la marquise de la conduire en un asile où elle serait en sécurité, une fonderie toute proche où le maître pourrait l’accueillir. Elle y fut bien reçue, en attendant que les cavaliers à sa recherche quittent la région. Alors deux gentilshommes et sa demoiselle de compagnie revinrent la chercher pour la ramener au château d’Athée.

Alors qu’elle était revenue secrètement à Paris, avant sa deuxième incarcération, Marie-Sidonia avait noué une nouvelle intrigue amoureuse avec François Brûlard du Boulay ; à cette époque, il se remettait d’une passion amoureuse qu’il avait eue avec Armande Béjard, la veuve de Molière. Du château d’Athée, elle lui écrivit, l’informant de son désir de se rendre en Savoie, lui demandant qu’avec ses amis il plaide sa cause auprès de la duchesse de Savoie pour avoir son agrément. Elle décida d’attendre cet agrément à Genève. Elle s’y rendit avec deux femmes de service et un laquais.
Marie-Sidonia arriva à Genève le 5 novembre 1675, après quatre jours de voyage éprouvant. Se rendant à l’hôtellerie des « Trois-Rois », elle fit demander l’homme de lettre et historien Gregorio Leti qu’on lui avait recommandé. Ce dernier se rendit rapidement auprès d’elle. Il rapporta dans une lettre au duc de Giovinazzo, ambassadeur d’Espagne à la cour de Turin son entrevue :

« J'avoue à votre excellence qu'en voyant une si grande beauté je restai tout ébloui, d'autant plus qu'avec une gracieuse politesse elle s'avança vers moi pour me saluer en m'embrassant suivant l'usage français et me dit : Ne croyez pas, monsieur Leti, que je sois ici pour quelque mauvaise affaire ; la raison est que mon mari me veut et que je ne veux pas de lui. Alors je répondis en plaisantant : Certes, madame, il y en a bien d'autres qui vous voudraient, parce que votre beauté est trop grande pour être le partage d'un seul. »

Voici le portrait qu’il fit d’elle :

« Ses yeux sont deux étoiles qui semblent prouver que son visage a été fait dans les cieux plutôt que sur la terre ; il n'y a point de cœur, tel glacé qu'il puisse être, qui ne se glorifie de se soumettre à ces yeux, qui frappent doucement, mais qui font des plaies plus profondes que n'en firent jamais les plus cruels tyrans ; ce sont des dards qui blessent, des rayons qui éblouissent, des flammes qui brûlent, des bêtes féroces qui déchirent, des lances qui tuent. Certes, ils sont beaux ; à leur première vue, j'ai vu rajeunir des Xénocrates, s'agenouiller des Momus, chanter les Aristarques, s'attendrir les Gâtons, et les Solons pousser du fond du cœur des soupirs redoublés.
Que dirai-je maintenant de ces doux entretiens dans les réunions, de ce trésor de toutes les grâces, de ces lèvres de corail, de ces dents plus belles que les perles, de ce délicieux sourire, enfin de la plus belle bouche que la nature ait jamais formée ! II faudrait être amant comme Myrtil, pour pouvoir décrire suffisamment bien la bouche d'une autre Amarillys. Celui qui va la visiter ne redoute que son
Silence ; chacune de ses paroles forme une nouvelle âme dans le sein de celui qui l'écoute ; la douceur du nectar coule de cette adorable bouche ; elle distille la saveur de la manne, surpasse le goût de la datte, la suavité du miel et la salutaire substance du sucre. Cicéron, qui savait par expérience tout ce que valait la bouche d'Aristote, écrivait : que de cette bouche découlait un fleuve d'or à chaque parole.

Eh bien ! je ne crains pas de dire que chaque parole qui tombe de la bouche de cette dame produit une mer de pierres précieuses. Que ceux qui veulent oublier leurs peines aillent l'écouter, car elle est semblable au temple du dieu des Lydiens, dont on disait que, lorsqu'il s'ouvrait, il ôtait à tous les chaînes des soucis et des plus grands chagrins. Il semble qu'autour de cette pèche de perles on recueille les grâces les plus remarquables ; chacune de ses paroles étant une grâce, il n'est donc pas étonnant que tous les cœurs se groupent autour d'elle, et que les pensées de ceux qui l'écoutent ne puissent plus la quitter. Je dirai de plus qu'il s'échappe de sa bouche des chaînes d'or comme il en sortait de celle de Mercure pour enchaîner ses auditeurs ; et ce qui le prouve, c'est que personne ne pourrait la quitter si on ne s'y trouvait nécessairement forcé par la crainte de se rendre importun. Oh ! Mon Dieu, quels frais sourires ! Quelles fleurs agréables ! Quelles paroles embaumées ! Quel paradis terrestre ! On voit semé sur son visage quelques petits grains de petite vérole qui semblent l'émail de pierres précieuses sur une figure d'albâtre ; je crois que la nature laissa ces signes gracieux pour prouver qu'elle avait contribué à la formation de cette rare beauté ; sans eux, il y en aurait eu beaucoup certainement qui l'auraient encensée comme une œuvre plus céleste qu'humaine.

Mais que dirais-je de la voie lactée de cette dame qui conduit au cœur? Comment en parler, de quelles expressions me servir ? Je suis déjà trop âgé, trop endurci au travail pour décrire avec mon encre la blancheur d'un sein mou comme du coton enfermé dans une boîte ; je parle de ce sein né sur cette Seine qui donne la vie à tant de ruisseaux bordés de lys. Oh ! Quelle poitrine ! Quelle gorge ! Oh! Quelle porte d'or et doit-on s'étonner que pour l'enlever il se soit trouvé tant de Jasons qui se soient risqués à combattre contre le dragon de la jalousie et contre la vengeance d'un mari ? En disant que, des pieds à la tête de cette dame, ce ne sont que merveilles de la nature, je dirais peu et peut-être ne serais-je pas cru ; et pourtant il est certain que sa beauté, qui est un miracle du siècle, ne forme que la moindre partie de ses mérites (…). »

Leti trouva à la marquise un logement le temps de son séjour à Genève. Il lui apprit l’italien ; aimait se promener dans la ville en sa compagnie et être vu ainsi à ses côtés aux yeux des passants qui se pressaient pour la voir et l’admirer. Bientôt, une petite cour se forma autour d’elle, venant la visiter, et se faisant adopter par la société genevoise. Elle partageait son temps à la chasse, à sa correspondance, en particulier avec du Boulay, qui vint la voir plusieurs fois à Genève. Cependant, ses obligations militaires l’empêchaient de rester près d’elle et l’obligeait à s’en éloigner. Tandis qu’il compromettait sa fortune par les dépenses qu’entraînaient les services rendues à la marquise, sa carrière militaire, renonçant à l’avancement, et se refusait à de riches mariages, le temps de ces longues absences, Marie-Sidonia se laissait aller à quelques nouvelles intrigues amoureuses.
Las de ses infidélités, du Boulay rompit et envoya des lettres diffamantes à toutes la société genevoise qu’elle fréquentait. Elle dut quitter Genève pour se rendre à Annecy, où elle se retira dans un monastère, attendant toujours l’agrément de la duchesse de Savoie. Ne voulant rester trop longtemps à la charge des religieuses, elle se rendit dans un couvent à Avignon où elle était sous la protection du vice-légat, sur la recommandation de son oncle, le duc de Villars.

Apprenant que la duchesse de Mazarin avait obtenu une pension du roi d’Angleterre, après être passée par Munich, elle décida de s’y rendre, incognito, espérant les mêmes faveurs. Elle alla d’abord en Bretagne, puis à La Rochelle et de là gagna Jersey. Le 17 juillet elle était à Londres. Munie d’une lettre de recommandation pour l’ambassadeur de France auprès du roi Charles II, M. Courtin, ce dernier s’empressa d’aller lui rendre visite et en informa de ci-tôt Louvois.
Rapidement, sa beauté provoqua la jalousie des femmes de la cour. La duchesse de Mazarin, qui fut autrefois son amie avant qu’elle ne se brouille pour le beau marquis de Cavoy fit tout pour l’éviter et refusa même de la recevoir. Faute de ressources, elle dut quitter Londres pour retourner début septembre au couvent d’Avignon qu’elle avait quitté.

Elle y apprit le décès de son mari d’une pleurésie le 26 août 1678.

A la nouvelle du décès de son époux, Marie-Sidonia décida de se rapprocher de Paris, afin de mettre un terme aux procédures judiciaires qui avaient été engagées contre elles et pour réclamer la restitution de ses biens dont les héritiers du marquis s’étaient emparés.
Sa présence à Paris était indésirable pour quelques puissants et elle ne put, comme elle l’aurait souhaiter, se rendre dans un couvent parisien, l’archevêque de Paris, à la demande de son neveu, le maréchal de Villeroy, ayant interdit tout couvent de la recevoir.
Persuadée, malgré les avertissements qu’elle ait pu recevoir, qu’elle n’avait plus rien à craindre pour sa liberté, Marie-Sidonia s’établit dans un hôtel et y monta une maison digne de son rang, avec équipage, domestiques, dans une maison louée près de la rue Saint-Antoine. Elle fit rapidement connaissance des dames de qualité de son voisinage et devint même assidue de la maison des Jésuites qui était dans la même rue en véritable pénitente.

Cependant, les héritiers de son mari ne perdaient pas espoir de pouvoir mettre à exécution la condamnation par contumace qui pesait encore sur elle. Le 21 décembre 1678, tandis qu’elle montait en carrosse pour aller entendre la messe chez les Jésuites, des soldats firent irruption dans la cour de son hôtel. L’intendant de sa maison fit tout pour les retarder, le temps qu’elle aille se cacher. Elle se réfugia sur le toit entre deux cheminées où, après deux heures de fouille de la maison, elle fut découverte et menée sans ménagement à la Conciergerie. La marquise était cette fois-ci particulièrement bien gardée, ne pouvant communiquer avec l’extérieur. Elle trouva moyen, grâce à l’intendant de sa maison qui avait pu la visiter, de faire avertir les membres de sa famille dont son oncle le duc de Villars, cependant absent de Paris, ou encore sa tante abbesse du couvent où elle avait passé son enfance.

Le frère du défunt marquis s’estimait avoir hérité des jugements prononcés au profit de ce dernier et reprit les poursuites à l’encontre de sa belle-sœur. Il présenta une requête le 9 janvier 1679. Il n’entendait pas perdre le bénéfice d’une grosse fortune dont il avait profité jusqu’alors, tandis que la marquise était en exil.
Après trois semaines de détention des plus strictes, elle put enfin voir librement ses avocats et conseils. Amis et famille s’engagèrent aussi dans des démarches auprès du Parlement de Paris. Son sort, alors s’assouplit et elle put quitter sa cellule pour louer et occuper un appartement de deux chambres plus spacieuses et salubres. Elle reprit avec elle sa fidèle servante et son laquais, et put recevoir. Les geôliers et gardiens étaient gratifiées de menus présents et « étrennes », sans que ces derniers relâchent leur vigilance, n’ayant pas oublié son évasion.
Pour occuper son temps, elle se mit à la tapisserie et à la broderie, faisant venir quelques habiles ouvrières de Paris pour l’aider. Avec la compagnie qui venait la visiter, elle composait des vers ou de la prose, énigmes et charades. Ils consacraient aussi beaucoup de temps à la lecture. Elle écrivait : correspondance, avec ses amis et sa famille, courriers pour son procès ou encore rédigeait ses mémoires, contant ses aventures, ou plutôt ses mésaventures. Elle fit carnaval, et carême. À cette occasion, elle obtint l’autorisation d’aller visiter les prisonniers dans leurs cachots comme il était de coutume de faire pour une grande dame. Elle allait encore presque tous les jours à la messe.
Elle reçut la visite de Gregorio Leti, alors de passage à Paris.
Son séjour à la conciergerie dura un an.

Le 20 décembre 1679 débutait son jugement. À son audition, elle fit grande impression.
L’arrêt du jugement tomba le 5 janvier 1680, condamnant la marquise à payer soixante mille livres à titre de dommages et intérêts au frère de son défunt époux, somme d’autant plus considérable qu’on n’avait pas compté ce que le marquis et sa famille avaient dépensé sur la fortune et les biens de la marquise. Cependant, la marquise en fut très heureuse car par ce sacrifice considérable elle allait retrouver sa liberté et mettre un terme à ce procès qui n’en finissait pas. Il lui fallut s’engager à vendre une bonne partie de ses terres et biens mais deux jours plus tard, le 7 janvier 1680, elle sortait libre de la Conciergerie.
Elle reloua un hôtel, remonta une maison et un train.
Elle reparut cet hiver-là dans quelques bals masqués.
On ne sait que peu de choses sur les mois qui suivirent.
Elle alla souvent, semble-t-il, séjourner dans le château de ses ancêtres, à Marolles.

En 1685, elle fit, comme sa mère, un mariage morganatique, épousant un capitaine de dragons.
Elle décéda la même année, à 35 ans.
Les mauvaises langues diront de la vérole…






[1] Louis François de Villars-Brancas,  Pair de France, Maréchal de Camp. Il avait épousé en premières noces, en 1649, Madeleine Claire de Lénoncourt.
[2] Edouard-François Colbert, comte de Maulévrier et de Cholet, alors capitaine-lieutenant des Mousquetaires.
[3] Elle avait épousé en 1625 Thomas-François de Savoie-Carignan (1596-1656), descendant des Maisons de Savoie, de Habsbourg, de Valois, de Médicis et d'Aviz, fils de Charles-Emmanuel Ier de Savoie (1562-1630) et de Catherine Michelle d'Espagne (1567-1597), cette dernière étant, par sa mère Elisabeth, petite-fille d'Henri II de France et de Catherine de Médicis, et par son père Philippe II, petite-fille de Charles Quint et d'Isabelle de Portugal.
[4] Jean-Jacques Charon, marquis de Menars, alors conseiller au parlement de Paris.
[5] Ou hôtel de la Reine, palais, construit au XVIe siècle par la reine Catherine de Médicis dans le cœur de Paris - à l'emplacement approximatif de l'actuelle bourse de commerce dans le quartier les Halles. Il tire son nom du comte de Soissons (cousin du roi Henri IV) qui en fut un des propriétaires.
[6] Fille du baron Michel Mancini et de Geronima Mazzarini, nièce du cardinal Mazarin, épouse d’Eugène-Maurice de Savoie-Carignan, comte de Soissons. Elle est réputée pour ses intrigues et complots à la cour (dont sa compromission dans « l’affaire des poisons » qui la contraint à l’exil).
[7] Marie Aimée de Rohan, fille de Hercule de Rohan, duc de Montbazon et de Madeleine de Lenoncourt.
[8] Louise de Savoie-Carignan, épouse de Ferdinand-Maximilien de Bade-Bade.
[9] Nicolas V de Neufville, Pair de France,  maréchal de France.
[10] François Michel Le Tellier, marquis de Louvois, fils du chancelier Michel Le Tellier, marquis de Barbezieux, qui lui obtient de Louis XIV, en 1655, la transmission de sa charge de secrétaire d'État de la Guerre ; il n'avait pas même quinze ans.
[11] François de Neufville, marquis de Villeroy.
[12] Catherine Charlotte de Gramont, fille du duc Antoine de Gramont, maréchal de France, et de Françoise Marguerite de Chivré, nièce du Cardinal de Richelieu. Elle eut de nombreux amants à la cour dont le roi lui-même en 1665.